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Carnet de voyage "Hombres" : Pour la défense de la forêt amazonienne
Publié le : 01 juillet 2009 | Classé dans Voyage, sport
0 Photos 1 et 2 : Forêt amazonienne
Photo 3 : Manifestation à La Oraya
Photo 4 : Maison typique awajun
Photos 5 et 6 : La Oraya
Photo 7 : Manifestation de soutien aux indigènes de Bagua
Photo 8 : Peinture de Jhefferson
© Jérémie Wach-Chastel
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Photos et carnet de voyage de Jérémie Wach-Chastel Contact : jeremie.wach(at)yahoo.fr Suivez l'aventure HOMBRES sur le blog http://jwc.free.fr/hombres et une fois par mois sur www.etudiantdeparis.fr. À lire aussi : |
Parti pour un voyage de neuf mois à travers l'Amérique Latine, Jérémie Wach-Chastel, étudiant de la Sorbonne Nouvelle, se trouve actuellement au Pérou. Il y rencontre des dirigeants de lutte contre les décrets anti-amazonie du gouvernement péruvien.
- Dimanche 31 mai –
Nous allons manger dans la chacra, c'est à dire les terres ou le champ, de Flore. Là-bas, elle fait pousser différents fruits et plantes. Des noix de coco, du chocolat, du café, des fleurs produisant beaucoup de pollen pour ses abeilles... Nous récupérons les noix de coco directement dans l'arbre et les ouvrons pour les boire. Après le repas, je vois pour la première fois comment se présente le cacao. C'est différent du café, contrairement à ce que je croyais. On récolte une grosse cabosse à l'intérieur de laquelle se trouve les fèves de cacao. Elles sont enrobées d'une sorte de pulpe blanche. La manière artisanale d'enlever la pulpe est de mettre les fèves dans la bouche et de sucer. Lorsque l'on a mangé la pulpe, on recrache la fève dans un réceptacle.
- Mardi 2 juin –
Je repars pour Lima, afin d'aller rejoindre Denise et de partir à la Oroya, ville où l'entreprise minière Doe Run veut licencier une grande partie de ses employés. La route est bloquée par les awajuns (un des peuples indigènes du Pérou auquel s'ajoutent les Quechuas et les Shipibos coniotivos) au niveau de Bagua, nous a-t-on informés. Nous devrons marcher un peu. Ok, pas de problème, car c'est une lutte juste qu'ils ont contre les décrets anti-Amazonie que veut imposer le gouvernement.
23h : Nous arrivons au niveau du blocage, il fait nuit, il y a des barricades au milieu de la route, un autre groupe de voyageurs est déjà là. Une personne dit qu'ils laisseront passer vers une heure du matin...Attendons.
- Mercredi 3 juin –
1h : Non, ce n'est pas ce qu'ils avaient dit, en fait on doit attendre jusqu'à demain, 6h, qu'ils se réunissent pour décider s'ils nous laisserons passer. On s'allonge par terre pour dormir un peu. L'attente sera longue et froide.
6h : Assemblée générale des awajuns de l'autre côté de la barricade. Ils parlent en awajun alors personne ne comprend. Juste, nous voyons qu'ils débattent. Nous laisseront-ils passer ? Il y a 3km de route bloquée environ, à traverser à pied, et de l'autre côté, nous attend un autre car. Au fond, nous voyons des gens arriver. Ce sont les voyageurs qui viennent du côté de Lima, on les a laisser passer à l'autre barrage. C'est plutôt bon signe.
6h40 : Nous passons. Quarante cinq minutes de marche avec mes deux gros sacs à dos s'engagent. Nous voyons les awajuns, peintures de guerre sur le visage et le corps, ainsi que des lances à la main. C’est plus pour impressionner qu'attaquer. Ils nous regardent passer, cela fait presque deux mois qu'ils sont en lutte, on sent qu'ils n’arrêteront pas leur lutte pacifique.
Personne ne le sait encore, mais c'est dans deux jours que le gouvernement enverra ses forces armées pour libérer ce barrage. Elles arriveront en force, et la police déclenchera le feu depuis des hélicoptères sur la population awajuns n'ayant aucune arme à feu, seulement les lances, servant plus d'apparat que d'arme. Les policiers feront 45 morts ce jour là. Ensuite, un couvre feu sera imposé de 17h à 6h du matin. En une semaine, environ deux mille awajuns vont disparaître. Arrêtés de jour comme de nuit. La police ira jusque dans les hôpitaux pour récupérer les blessés, n'hésitant pas à tirer dans les couloirs pour disperser les familles, comme dans la ville d'Utcubamba. Des cadavres seront brulés pour éviter que l'on puisse les reconnaître et les compter parmi les victimes et les journaux nationaux n’arrêteront pas de parler de vingt policiers morts, suggérant « qu'il serait nécessaire d'arrêter, par tous les moyens possibles, ces indigènes terroristes et assassins ». Alan Garcia était président dans les années 90, à l'époque du Sentier Lumineux. Pendant son mandat et celui de son successeur, Fujimori, plus de dix mille personnes sont mortes ou disparues. Aujourd'hui cela recommence…
13h30 : Nous sommes à Chiclayo où nous faisons la pause repas. Le chauffeur me dit que l'on arrivera vers 22h, mais, d'ici à Lima, il y a 12h de bus. Alors soit il va rouler très vite, soit il ment... J'appelle Edgardo, celui chez qui je vais dormir, pour lui dire que j'arriverai entre 22h et 2h du matin. Le problème c'est que nous partons le matin, vers 6h, pour la Oroya. La nuit sera courte...
- Jeudi 4 juin –
3h30 : Je sors de ma douche et me couche.
6h : Je pars donc pour la Oroya où, mardi 2 juin 2009, la transnationale Doe Run, qui appartient au groupe RENCO INC –960 millions de dollars de bénéfices en 2008 – a arrêté, à la surprise générale, toutes ses activités mettant au chômage technique 3500 travailleurs. Plus de 16 000 familles sont touchées. Sur place, je vais assister aux manifestations et assemblées générales pour voir de quelle manière s'organisent les ouvriers. J'écrirai un article (lire l'article >>) et resterait sur place cinq jours
- Mercredi 10 juin -
Je suis monté hier soir dans un bus pour Pucallpa, ville de la Selva, zone amazonienne du Pérou dont le nom signifie en quechua la terre de couleur (puca = rouge et allpa = terre). Après 15h de bus, j'arrive. Demain, nous sommes le 11 juin, et il y a une manifestation nationale en soutien aux awajuns assassinés et disparus de Bagua. Je suis en contact avec le professeur Manuel Ramos qui va me permettre de rencontrer les militants ici. De plus, par l'intermédiaire de Jean Michel, un français avec qui je suis en contact par mail, je dois voir Jhefferson, un jeune shipibo conitivo (peuple indigène de la région) qui fait partie d'une association de peintres et sculpteurs qui créent à partir de vision qu'ils ont en buvant de l'ayahuasca, boisson à base de plantes hallucinogènes.
- Jeudi 11 juin –
Manifestation. Il y a entre 7 et 10 000 personnes à Pucallpa. J'apprendrai qu'à Lima, ils étaient plus de quarante mille et que la manifestation s'étendait sur une vingtaine de rues, ce qui est exceptionnel pour cette ville. Encore mieux, la proportion de jeunes participants aux différentes marches est énorme. Il faut savoir qu'ici, la politique et la lutte sociale sont discréditées. La première à cause de la corruption qui règne à tous les niveaux et empêche tout travail efficace. La seconde à cause de la répression qui sévit depuis les années 80 et qui a entrainé l'arrestation et la mise à mort de nombreux leaders politiques ou sociaux. À cette époque, il y avait le Sentier Lumineux au Pérou, groupe terroriste d'inspiration staliniste et maoïste, et toute personne voulant défendre ses droits était accusé de terrorisme, et donc arrêtée. C'est pourquoi aujourd'hui, la jeunesse péruvienne manque de conviction et de formation politique. Il y en a beaucoup qui critiquent et veulent faire quelque chose, mais il n'y a pas d'organisation apte à les recevoir. Les partis « traditionnels » sont, pour la plupart, en accord avec la politique néolibérale, et pour les autres, leur manière dogmatique de fonctionner, imposant d’en haut les décisions, sont dépassés.
- Mercredi 17 juin –
Je pars pour Lima.
- Jeudi 18 juin –
Le gouvernement retire deux des onze décrets anti-Amazonie et le président Alan Garcia a fait des excuses publiques pour le massacre. C'est une grande victoire pour le mouvement populaire péruvien. Ceci montre que l'on peut lutter contre l'impérialisme qui tente d'asservir les populations et saccager les ressources naturelles – eau, végétation, matières premières – au nom de l'argent. Il reste toujours neuf décrets et deux lois à supprimer, ainsi qu'obtenir le jugement des responsables du massacre. Cet acte ne peut pas rester impuni ! Alberto Pizango, le leader awajun, est toujours au Nicaragua car il ne peut pas revenir au Pérou où il est accusé de terrorisme pour avoir défendu la forêt amazonienne, dernier poumon du monde. Pendant quelques jours, je vais rencontrer plusieurs dirigeants des luttes et participer à des réunions où se discutent le futur de la lutte amazonienne et même péruvienne. Ce génocide a réveillé la conscience de la population.
- Lundi 22 juin –
Je pars pour Cusco où je vais assister à l'Inti Raymi, la fête du Soleil, mercredi.